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Journée d'étude en histoire orale et approches identitaires croisées

 

Tuesday, April 24, 2018 - 08:30 to 18:30
Speaker: 
Steven High, Stéphane Martelly, Lisa Ndejuru et Cécile Marotte

*Please take note that this event will take place at the Centre d'histoire de Montréal.

En citant Alessandro Portelli, Steven High souligne fréquemment que ce qui fait la valeur de l’histoire orale est précisément son caractère subjectif. Dans un tel cadre, le travail de l’universitaire devient de se défaire - toujours imparfaitement - de sa main mise sur l’autorité pour que des voix puissent se faire entendre, pour que des sujets s’emparent de l’histoire pour se mettre à la dire et la raconter. Née des récits puisant dans l’ordinaire (le point de vue des ouvriers, des femmes, des paysans) et l’exceptionnel (récits de guerre, de violences, de trauma), l’histoire orale suspend ainsi deux formes d’invisibilités pour devenir peu à peu l’histoire des voix “normalement” marginalisées, silencieuses ou effacées de l’histoire.

Cet effort n’a jamais été aussi visible que dans le projet de longue haleine Histoires de vie des Montréalais déplacés par les génocides, les guerres et les violences contre les droits de la personne (2007-2012) mené au Centre d’Histoire Orale et de Récits numérisés de l’Université Concordia qui a conduit à l’enregistrement de plus de 400 entrevues. Dans une approche qui faisait des personnes interviewées des co-chercheur.e.s, le rapport d’horizontalité était précisément ce qui permettait à la narration de se construire, de fil en aiguille, à travers les récits de vie. Des récits de vie, il y en eut beaucoup, de petite ou de grande ampleur, toujours mobilisant, face aux silences de l’histoire et ceux de la violence, un immense courage et une grande générosité.

Cependant, l’expérience humaine ne s’arrêtait pas aux limites de ce projet, limites artificielles que nous nous étions fixées: d’abord nous n’étions pas des thérapeutes; et, par ailleurs, il était, malgré tout, important de raconter. Même si ces limites étaient régulièrement repoussées (Comment ignorer l’aspect cathartique du Playback theatre tellement utilisé dans nos pratiques? Ou les enjeux soulevés par un atelier de création littéraire qui se proposait d’aller au delà du récit pour interroger les limites de la narration autobiographique?), elles étaient celles qui nous permettaient de recueillir ces récits dans les exigences éthiques et académiques que nous nous étions données. En ce sens, L'histoire orale s'est beaucoup plus préoccupée du moment de l'entrevue, de la distance relative du chercheur, de la nature co-construite du récit, de la légitimité du témoin et beaucoup moins des effets de ces vécus et de ces récits sur les sujets.

Au cours des journées d’étude en histoire orale et approches identitaires croisées, ce sont précisément ces limites que nous tenterons de creuser bien davantage tout en recherchant aussi un langage partagé. Face à des disciplines qui, tout en s’intéressant aux récits, s’intéressent avant tout au sujet qui raconte, et avec l’écart que permet le passage du temps, nous tenterons de retourner un questionnement différent vers les personnes interviewées, de tourner la lumière éclairant les récits vers les sujets qui les produisaient pour en examiner d’autres dimensions. Que se passait-il par exemple quand il n’était pas possible de dire ou de raconter? Qu’est-ce que raconter permettait ou ne permettait pas? Est-ce que les discours qui étaient offerts leur permettaient toujours de (re)faire des liens, de s’établir quelque part, de donner un autre mouvement à leurs vies? Qu’avons-nous construit avec eux? Qu’ont-ils construit ou non comme savoirs qui ne nous reviennent pas?

Dans ce retournement des récits vers les sujets qui, les ayant construit, ont continué après, nous sommes donc dans les enjeux cruciaux, aux croisements des récits et de plusieurs disciplines (Histoire Orale, Psychologie, approches thérapeutiques ou identitaires), enjeux non pas nécessairement de remplacement mais de replacement, qui concernent les sujets: une identité nouvelle a croisé une trajectoire de vie, elle a pu être adoptée par nécessité comme par choix, elle vient alors se juxtaposer à l’appartenance initiale et interférer avec le nouvel ancrage; des vies atteintes ont oscillé autrement, trop lentement ou trop vite, adoptant de nouveaux idéaux ou optant pour des formes de marginalités. Un moment, elles se sont posées pour dire ou raconter. Qu’en est-il maintenant?

Nous serions très heureux que vous participiez avec nous à cette importante conversation.

Programme:

8h30: Accueil des participant.e.s

8h45 - 9h: Allocutions de bienvenue

Catherine Charlebois, Centre d'histoire de Montréal

Stéphane Martelly, Centre d'histoire orale et de récits numérisés

Présentation de l'argumentaire

9h - 10h: Conférences d'ouverture

Modération: Lisa Ndejuru

Steven High, Oral History – A Reflection on Past, Present, Future

Cécile Marotte, The Other Side of Hope. L'envers de la médaille: le jeu subtil entre les identités données et acquises: le devenir des ancrages obligés ou choisis

10h - 10h15: Pause

10h15 - 11h15: Écouter et relayer les récits

Modération: Stéphane Martelly

Stéphane Alix, Transmettre et continuer

Emmanuelle Sonntag, Ce qui revient à nous: un atelier d'écoute

Marie-Ève Samson et Remy Chhem, L'après groupe Cambodge: quand le manque de partage d'autorité fait entrave au travail d'histoire orale communautaire

11h15 - 12h: Discussion

13h30 - 14h30: Performance de Shérane Figaro

15h30: Accueil des participant.e.s

15h45 - 16h45: Storytelling et catharsis

Modération: Cécile Marotte

Lisa Ndejuru, Playback comme stratégie narrative et stratégie thérapeutique

Manuela Ferrari, Discover catharsis in digital storytelling for pathways to care: réinventer la roue

16h45 - 17h: Pause

17h - 18h: Table ronde: Génocides / Totalitarismes

Mémoire, transmission et guérison?

Modération: Steven High

Musée de l'Holocauste, Refaire sa vie – Marie-Blanche Fourcade

Page Rwanda, Transmettre l'impensable – Marie-Josée Gicali et Jean-Paul Nyilinkwaya

Groupe Cambodge, Rester vivant et continuer – Ry Duong

Groupe Haïti, Cercle des femmes, entre le deuil et la vie – Monique Dauphin et Elisabeth Philibert

18h: Mots de clôture et remerciements – Stéphane Martelly, COHDS

Photo credit: Manuel Mathieu, Reflection, Mixed Media on wood, 28 cm x 20.32 cm

Address: 
335 Place d'Youville, Montréal, QC H2Y 3T1

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